Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 19:10












Celles qui en ont
. Elles en ont toutes eu au départ. Mais on les castre et personne ne dit rien.

          Quand par hasard les petits frères sont privés de revolver, quand leurs mères ne veulent pas que les garçons jouent à la guerre, on s’insurge : « Ne les castrez pas ! ». Quand ils sont grands, il faut encore arroser leur petit bout. Ce bout doit être grand, doit être survalorisé, surdimensionné, élevé au rang de noblesse, philosophique, assumer son rôle.

          Ce bout qui flotte à tous coins de rues, référence de tout, sanguinité non élucidée qui monte et descend arbitrairement comme le désir, comme un thermomètre à peu près fou : un gouvernement du Monde offert au Caprice. Tuer les filles en Chine, en Inde, en Afghanistan… Celles et ceux qui n’en ont pas ne sont pas des hommes ? Les femmes sont castrées haut et court. Et on ne prête qu’aux riche        s.

          Chromosome double ou non, en fait les femmes gardent leur phallus ! Si la nature a tranché pour les femmes, leur potentiel reste intact. Elles peuvent encore faire appel, se considérer trahies par la nature. La nature a trahi les femmes. Parce qu’en fait, elles en ont. De tous temps ce combat avec la nature distingue ce qu’elle dit de ce que dit le terrien.  La vérité est que les femmes en ont d’autant plus qu’on ne peut pas leur enlever. Pourquoi sinon les castre-t-on avec cette application, cette rage forcenée ? Chaque parcelle de notre planète a inventé un autre moyen de castrer les femmes. Mais les femmes revendiquent toujours leur phallus. Elles veulent qu’on leur rende !

          J’invite toutes les femmes à imaginer quelle aurait été leur vie si elles n’avaient pas été castrées. Elles ont été menacées et mutilées. Puis pointées du doigt pour leur handicap, l’absence de pénis. Enfin marquées, parquées et punies pour s’assurer que l’absence de pénis leur ait ôté tout pouvoir.

          Leur phallus peut repousser aussi vite qu’on l’a coupé. Il est une invention, une fiction. L’une des plus belles et l’une des plus fondatrices. C’est même, avant l’invention de Dieu, la plus belle imposture de l’histoire de l’Homme.

          Car, en définitive, qu’est-ce que le pénis, ce bout de chair ? La nature, faisant passer les déchets à travers lui, ne semble pourtant pas avoir déclaré qu’il fut sacré. Le système des bourses, même s’il se montre efficace, semble bricolé. Il prêterait plutôt à rire ou passer son chemin plutôt qu’à être érigé en idole partout dans le monde. S’il a inspiré des inventions comme le moteur à pistons, les cheminées d’usine, le fusil à pompe, le canon, ces inventions se sont toujours montrées dommageables dans une certaine proportion. Même le stylo peut nuire à l’occasion (Le Pen).                        

          Cette partie émergée d’un système autrement présent dans le corps humain, dans cette architecture de canalisations, pourrait être la source de l’invention de l’agriculture irriguée, mais on a tout aussi bien pu observer la façon dont la sève se comporte dans les plantes et l’imiter. En vrai, le pouvoir du pénis lui viendrait plutôt de son miraculeux pouvoir de jouir et de faire jouir. Car, si ce bâton possède des fonctions multiples, n’en est-il pas ainsi de la bouche qui sert à manger, à respirer, à parler, à chanter ? N’est-elle pas aussi le lieu de la jouissance ? Et le sexe féminin alors ? Lui dispose d’une fonction supplémentaire : il fait aussi berceau.

          Emerveillement pourtant pour le saillant membre viril. Peut-être son autonomie, aidée par le système hormonal,  lui confère-t-elle une véritable identité, à défaut d’une certaine logique. Quelle femme appellerait son propre sexe Arthur ou bien Fanfan ? Je pourrais bien sûr appeler le mien Rosemonde, mais cela ne me donnera pas la sensation qu’il soit extérieur à moi-même, son autonomie fut-elle pareillement liée aux hormones. L’autonomie et l’extériorité du sexe masculin ont fait de lui une troisième personne dans le couple. A quoi la femme s’écrie : « J’ai mieux !». Et de sortir de son ventre la botte secrète entre toutes : un bébé. La femme a gagné, non ?

          Pourquoi diable reste-t-on accroché à cette hampe ? Qu’est ce qu’elle a cette hampe ? Il y a d’autres protagonistes permettant à la vie d’advenir. Et Dieu sait s’ils se montreront nécessaires ! Comment le sexe masculin a-t-il pu ainsi tirer toute la couverture à lui ? Une idée simple se fait jour : celui qui tire le mieux la couverture à lui a plus de bras. Les femmes ont les leurs toujours occupés. Alors que les hommes ont les bras en même nombre, ils ne les proposent pas en partage, parce qu’ils trouvent que le bébé brandi par les femmes n’est pas autant porteur de jouissance que leur sexe. L’homme trouve que la femme est hors-jeu : le bébé est trop extérieur. D’ailleurs, l’homme n’arrive plus à suivre. Comme la femme est intelligente !

          Les femmes ne devraient jamais croire qu’elles n’ont pas de phallus. Elles en ont bien un. Elles ne devraient pas s’amputer.

 

          Le pouvoir donné aux hommes ne doit sûrement pas provenir de ce membre anthropomorphe, dont la forme pourrait faire penser que les hommes ne sont jamais seuls, qu’ils sont toujours accompagnés de Popaul. Ce qui leur donne un avantage de principe, n’ayant pas besoin, eux, d’être pénétrés pour être deux. S’ils ne pourront pas être trois ou quatre comme une femme, leur petit ami, lui, ne va pas les quitter.

          La femme serait donc le lieu de l’éphémère, l’homme celui de la permanence. De là le droit d’ériger son petit tuyau en canon, le raccourci n’est-il pas joliment sommaire ?

 

          Son sexe serait le seul valable (puisque c’est lui qui le vaut bien), parce qu’il est attaché, qu’il a un comportement mystérieux et qu’il est essentiellement instrument de plaisir ? Car il est l’instrument de musique par excellence, l’archet, l’orgue du point G !

 

          Il faut chercher encore pourquoi les individus qui ont un phallus réel en chair et en… bref les hommes, se déhanchent comme des cow-boys et miment avec leurs avant-bras jusqu’aux coudes les soubresauts nerveux que montrerait le pistolero en situation de provocation.

          Pour faire valoir leur marmaille ?

          Eux aussi peuvent avoir des petits bonshommes : plein la ceinture !

          Devant tant de candeur, on commence à comprendre pourquoi le leitmotiv « Ne les castrez pas ! » figure parmi les principaux obstacles à la réhabilitation du phallus des femmes : ils n’ont pas grandi, la femme adulte est encore et toujours prise en flagrant délit d’abus de pouvoir sur mineurs ! A elle l’impératif catégorique de Kant, à l’homme la loi du Talion version gore. Elles aussi peuvent mimer Billy the Kid et mettre ainsi en valeur plusieurs canons. Elles n’ont pas besoin d’en avoir un vrai pour faire proliférer les autres. Tout cela est imaginaire et si délicieux. Délicieusement drôle.

          Une bouffonnerie qui ne lasse pas, pourtant. Nous en sommes cousus et ficelés. Autant en rire.

 

          Les femmes ne doivent néanmoins plus avoir peur de copier les hommes parce que leur pouvoir n’est que théâtre. On objectera qu’ils en ont aussi dans les biceps et que leurs poings sont aussi les points qu’ils peuvent mettre sur les i. Ce ne sera pas le point final, parce que tout le monde peut donner la mort, même les femmes.       

         

          Détruire est assez facile. Ils peuvent battre les femmes au bras de fer, c’est vrai, les coucher par terre et leur faire écarter les jambes, parce qu’avec un petit degré de force en plus, le gagnant gagne. Combien de femmes se sont entraînées au bras de fer dans leur enfance ? Combien se sont entraînées à se défendre d’un viol, d’une agression ? Tout est fait pour faire croire que la supériorité mâle dépasserait le musculaire. La force musculaire des hommes est renforcée par le fait que les femmes jouent avec des Barbie et non avec des jeux vidéo de guerre. L’avenir des femmes n’est pas de gagner mais de perdre. Et peut-être même de se réjouir de cet échec. Eh oui mes chères, pour vous, gagner ce sera perdre. Ce sont elles et elles seules qui seront entraînées à appliquer l’enseignement du christ de tendre l’autre joue. N’a-t-il pas gagné, lui, en perdant ? Inutile de te défendre ni de te battre : c’est ton des-tin. Si on s’attaque à toi, ce sera seulement pour te violer… avant de te tuer. Apprends plutôt à baigner bébé. Vis dans la peur, la peur des hommes. Comprends que ton désir doit être fait de cette peur. Et continue à avoir peur, sinon il n’y aura peut-être plus de désir, qui sait ? Tu ouvriras les yeux et tu ne désireras plus. Tu verras la supercherie de l’amour, l’imposture fondamentale de la relation hétérosexuelle. Tu comprendras aussi que le désir est fait de mensonge, de mensonge à soi-même, qu’au cœur de cet amour-là il y a un crime, une insulte à l’intelligence, une complicité à l’imposture. Et tu aimais ça.

 

          Tu comprendras aussi que la prostituée, la pute, est plus innocente que la mère. Que la mère, sous les dehors de sainte, celle qui constitue l’icône, à qui on a lavé le péché, la seule à pouvoir finalement combattre Popaul, est plus dangereuse que la pute.

          L’ensevelissement de cette réalité est très révélateur. La mère a plus de cartouches que n’importe quel pistolet. Et il n’y a pas de cible. L’impact se fait via le cordon ombilical qui survit tout autant que le phallus aux velléités humaines.

          Vie ou mort, la mère choisit. Du moins elle le devrait. La femme chassée d’elle-même devient un vulgaire lieu de procréation, de profit, tandis que son autel a été profané et son corps déclaré hôtel. Elle se voit condamnée à jouer les sapins de Noël, à jardiner sa peau épaissie pour donner un logis à l’être apeuré qu’elle est alors ne pouvant demeurer ni dedans ni dehors de son corps, chassé de partout, moqué, traité de blonde. Lui dénier le droit d’avorter n’est-ce pas exactement la chasser de chez elle ? Si elle n’est pas maîtresse de son logis, pour des raisons qu’elle n’a pas le droit de discuter, comment empêcherait-elle ces mêmes hommes qui lui imposent la grossesse, d’investir ce même corps de la façon qu’ils ont décidé, à leur guise ? Ils trouveront sûrement aussi normal d’imposer à tous les êtres vulnérables l’offrande de leurs corps, jusqu’au trafic d’être humains. En ne défendant pas l’inviolabilité de leur propriété inaliénable, à savoir leur corps, les femmes perpétuent l’archaïque exploitation de l’homme, l’enfant, le faible, le règne du vivant, par l’homme.  

 

          Mais le pouvoir de la mère est immense. Si grand qu’elle s’y perd. Ces choix cruciaux, qu’elle ne peut pas toujours maîtriser et qu’elle n’a pas toujours demandés, lui incombent d’autant plus que le père se considère comme optionnel. Elle sera crucifiée dans ses multiples taches, ses multiples responsabilités qui la clouent dans des rôles. Elle est un lieu où les ciseaux ne coupent pas, elle est écartelée. Pourtant, le spectacle de l’immensité océane fait peur autant qu’elle est lit de régénérescence. Ceux mêmes qui fustigent son pouvoir lénifiant courent ventre à terre s’abreuver à sa source.

          Les paradoxes fascinent. Les rôles échus à la femme, du ventre de laquelle tombe un petit, qu’elle l’ait voulu ou non, représente le tour complet de ce qu’elle se doit à elle-même : compagnie, hygiène, éducation, tout le programme. Tout en se sacrifiant, elle se débrouille très bien sans homme, même si sa débrouillardise n’est qu’un bricolage douloureux et insuffisant.

          Avec l’homme, la prise en charge des soins dus à l’enfant serait l’occasion d’un bonheur partagé à trois. Mais bon. L’homme assiste à la vie qui se passe de lui. Comment, pour lui, se raccrocher ?

          Comment peut-il faire valoir sa supériorité alors que manifestement on s’en passe ? Sa réponse va être d’un ordre hypnotique.

          Il va planter des femmes écartelées comme des étoiles de mer, aux cheveux longs, clouées sur une croix, aux quatre coins de l’Europe. Il va faire croire qu’il s’agit d’un homme : le Christ. La vision de ces femmes crucifiées sera bien sûr destinée exclusivement aux femmes auxquelles on a appris la patience, l’amour, la compassion et à tendre l’autre joue. Elles vont tout gober. Leur faire croire qu’un homme vit le même calvaire qu’elles, leur donner à se contempler sous les traits d’un homme supposé (nous n’avons pas vu son sexe, l’absence de seins n’est pas une preuve), c’est prolonger d’autant l’imposture jusqu’à ce que quelqu’un leur tende la main et leur dise : « Tu as vu comme on te traite ? ».

          Parallèlement, l’orchestration touche à la perfection par la disposition du symbole phallique un peu partout dans des niches, où les icônes flottantes représentant la Vierge Marie figurant la valeur immanente, immatérielle et fuyante du masculin. Son ventre sec puisqu’elle est vierge la rend encore plus compacte. Conçue d’un seul bloc avec son voile recouvrant ses cheveux, qui pourraient bien être ceux d’un homme, elle symbolise le petit objet de culte pratique et peu encombrant que beaucoup de femmes devraient avoir dans leur sac. Cette inversion des genres continue à exercer son pouvoir hypnotique, interpellant chaque conscience qui forcément s’y reconnaît, sans pour autant pouvoir en saisir le sens.

          La confusion est complète, le piège est un tombeau, la supercherie est immense. Qui devrait néanmoins prendre fin aujourd’hui, s’il n’était cet ouvrage, plus ou moins conscient, tricot de nos structures mentales occidentales de plusieurs siècles. Un ouvrage qui fait du syndrome de Stockholm, à savoir l’amour de la victime pour son bourreau, dans l’impossibilité qu’elle est d’assumer l’ampleur de l’humiliation, un des leviers les plus utilisés pour que rien de bouge. Avec l’emploi de la peur, tous azimuts, celle-ci flanquée de la promesse de soulagement.

          Eblouissantes aliénations, il convient de vous connaître et de vous comprendre.

          J’invite donc toutes les femmes à recouvrer l’usage de leur phallus, à n’avoir pas peur de castrer les hommes, elles qui ne l’ont été aussi brutalement qu’en vain, à les imiter, même dans ce que cela implique de bêtise, pour enfin pouvoir se défendre d’eux. Si cela a pour conséquence que le désir qu’elles auront encore pour les hommes s’altère en perdant son timbre d’effroi, que le désir des hommes s’effarouche de trouver devant la porte sacrée le fantôme d’un autre phallus dont ils auront à écouter les requêtes, quitte à discuter, se parler, gageons que les désirs des uns et des autres se purifient de leurs échos féodaux, de leurs réminiscences archaïques, et que les hommes pourront enfin se regarder eux-mêmes et sortir légers de cette imposture qui les mine.

 

          Eve ne voulait pas croire, Simone a beau voir, moi je sais : on naît vache à lait, on devient femme phallique.

Par Valérie Dubach - Publié dans : Propos sur le genre
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